Est-ce qu’avec, ce que l’on nommera la « maturité psychique » (terme pompier et galvaudé), n’advient pas le fait :
D’aller chercher par soi même ce qui nous manque car, « il faut parvenir à ne plus rester coincé dans un rapport de demande au monde pendant toute une vie »
Et si sortir de l’attitude infantile, c’était précisément cesser de vivre dans l’attente de recevoir.
Cesser de réclamer son dû et peut-être accepter un jour que « ce qui n’est pas venu, ne viendra pas ».
Faire ce deuil là. (Et ça prendra du temps)
Le deuil de ce qui a fait défaut, ce qui a fait défaut à l’autre, ce qui nous a fait défaut.
Précisément.
Alors c’est sûr, il est difficile d’accepter cette idée de passer outre.
Passer outre.
C’est aussi parce que si nous ne passons pas outre, c’est soi même que nous blessons
Et assumer d’être libre, libre quand même.
Alors le prix, douloureux aussi, blesser l’autre. Et ça vous met par terre. Ça.
Alors avec ce combat ordinaire, faire front.
Parce que je crois aussi, au final,
«qu’ à l’heure des choix, les hommes adorent employer le futur ou le futur antérieur . Pourtant « je ferai, j’aurai fait » sont des phrases creuses sur l’échelle des valeurs humaines. Quant il faut solder les comptes personnels, je préfère le présent ou le passé : « Je fais » ou « j’ai fait »
Et pour ceux, enfin qui pensent que tout cela est bien impudique :
« Je ne veux pas ici raconter ma vie mais évoquer seulement ce qui l’a décimée et maintenue, brulée et libérée…(…) l’écriture (réelle et photographique) me redresse et me tient : c’est l’unique façon que j’ai de ne pas complétement échouer à tenir cette promesse qu’est la vie, témoignant ainsi de cet absolu qui est celui non pas d’être heureux, mais vivant »
('...)
"– Nous verrons ça après la guerre.
Et le lieutenant Gavoille m'a répondu :
– Vous n'avez tout de même pas la prétention, mon Capitaine, d'être vivant après la guerre ?
Gavoille ne plaisantait pas. Nous savons bien que l'on ne peut faire autrement que de nous jeter dans le brasier, si même le geste est inutile. Nous sommes cinquante, pour toute la France. Sur nos épaules repose toute la stratégie de l'armée française ! Il est une immense forêt qui brûle, et quelques verre d'eau à sacrifier pour l'éteindre : on les sacrifiera.
de Saint-Exupéry, Antoine, Pilote de guerre."
« Le moindre objet fidèlement contemplé nous isole et nous multiplie.
Devant beaucoup d’objets, l’être rêvant sent sa solitude.
Devant un seul, le sujet rêvant sent sa multiplicité.
La solitude est un monde, l’immense décor de tout notre passé.
Toutes nos rêveries viennent se fixer là, tout de suite. Le moindre objet est pour l’homme qui rêve une perspective où s’ordonne toute sa personnalité, ses plus secrètes et ses plus solitaires pensées ?
D’après Fragment d’un journal de l’homme.
Le droit de rêver.
Gaston Bachelard.
Souvenir et reprise photographique du moment vécu avec les jeunes solidaires. Bibliothèque de rue.
http://itinerairesud.unblog.fr/2009/09/27/reseau-jeunes-solidaires-du-secours-catholique-49/
Renoncer à soi, c'est s'ouvrir à l'autre.
(...)
Avec la fin de l'amour et la fin des illusions,
viennent les "pas assez" et ce qu'ils brûlent cruellement dans le cœur.
Je prends sur moi, tous ces "pas assez" qui me sont adressés.
Tout ce que je n’aurai pas fait, pas dit…
(...)
Pourtant.
Il me faut regarder l'Horizon.
(...)
C'est mieux, ainsi.
(...)
"Les pères sont des enfants. Loin des mondanités. En plein dans le vivant. (...) Etre père, c'est une suite d'événements, petits et grands, dans la mémoire des lieux où ils se sont produits. Ce n'est jamais une théorie. C'est de la pratique. " et puis...
"il n'y a pas d'amour adulte, mûr, raisonnable. Il n'y a, devant l'amour aucun adulte. Que des enfants, que cet esprit d'enfance qui est abandon, insouciance, esprit de la perte d'esprit. L'âge additionne. L'expérience accumule. La raison construit. L'esprit d'enfance ne compte rien, n'entasse rien, ne bâtit rien. L'esprit d'enfance est toujours neuf, repart toujours au début du monde, aux premiers pas de l'amour. L'homme de raison est un homme accumulé, entassé, construit. L'homme d'enfance est le contraire d'un homme additionné sur lui même : un homme enlevé de soi, renaissant dans toute naissance de tout. Un imbécile qui joue à la balle. Qui se réjouit des arcs en ciel" (C.B)
Nos filles, ce samedi, avaient une rencontre pour le tournoi régional de tennis à St Jean de Monts. Le déplacement en Vendée. Et l'enjeu était de taille.
Le niveau en face, pas des moindres
Les pères, motivés, autant qu'elles.
Un pari lancé :
si vous gagnez, les filles, on se baigne en mer.
(les pères sont finalement prêts à tout pour épater leurs filles et leur montrer la vie vivante !)
Finalement, pas de doute :
Etre père, ça ne s'explique pas, ça se raconte
et puis...
un peu plus tard...
(...)
Température de l'air : 3,5 (juste avant la gelée de la nuit)
Température de l'eau : impossible à déterminer. Idéale.
Victoire de Saumur contre St Jean de Monts : 2 victoires à 1.
Match décisif en double : 6/4-4/6 et super tie break : 3/10.
Merci à Philippe (pour l'élan, la route et le café et le whisky aussi).
Merci à Romane.
Et merci à Emma pour tout
(pour avoir aussi saisi ce mOment en phOtOs)
"L'esprit de l'homme est semblable au vent, à la pluie, à la lumière.
Quand on est au-dehors, on ne le perçoit pas. Quand on est au-dedans, il n'y a pas moyen de le comprendre. Il est trop mobile, imprévisible, bondissant.
La beauté coupe le souffle, précipite. La beauté vous rend semblables, et vous n'avez plus le loisir de l'intelligence. Plus que l'intelligence me semble belle cette faculté de la vie qu'on appelle la ruse. intelligence immédiate, intelligence des gestes et des actes, subtilité instinctive.
Alors l'homme est semblable à un animal qui court dans la forêt, tous les sens en éveil, percevant les dangers, sachant les chemins, n'oubliant jamais les cachettes et les repaires, ni les raccourcis qui sauvent.
Comprendre les autres, c'est les voir, vite, du coin de l'œil, reconnaître leurs armes, ressentir leurs charmes. Inquiet, insatiable, l'homme aux aguets emprunte les sentiers qu'il connaît, écoute les signaux, flaire les empreintes.
Il n'y a pas de mystère abstrait.
Le regard scrute, épie. Il n'y a pas d'autre force que cet instinct, cet appel. Car c'est le jeu, le vrai jeu, enivrant et réel que l'on joue avec le monde vivant. Quand on est dans ce jeu-là, on ne cherche pas à comprendre, ni à dominer par l'intellect.
On cherche seulement les aliments de la vie, tous les aliments.
Il y a des moments terribles, effrayants, des moments de violence inouïe et de cruauté.
Puis il y a de grands calmes bienfaisants, des clairières, des abandons, la chaleur de l'amour, les jours de naissance.
L'on n'a rien acquis. L'on n'a rien su, rien retenu. L'on a été dans la vie, tout simplement. La beauté de l'âme, c'est ce flux qui passe, cette onde, cette vibration, cette voix qui parle avec les paroles internes, cette lumière qui vous change et vous trouble, sans que vous sachiez comment. Un dialogue, sans cesse, une interrogation, une exclamation, un cri - mais par les yeux qui brillent, par les oreilles qui entendent, par les odeurs infinies et précises, par toute la peau tendue, par toute la mémoire - comme si, par instants, la lumière des cœurs était enfin visible.
Ce sont les vraies paroles. Elles ne posent pas de questions. Elles ne demandent pas sans cesse, pourquoi ? quand ? comment ? Elles ne veulent pas de réponse tout de suite. Mais elles vont et viennent entre les corps vivants, comme un souffle, comme une odeur, comme une lumière, qu'on emprunte à tour de rôle. Entendez-les. Percevez-les. De drôles de vibrations électriques qui font trembler les nerfs, quand quelqu'un s'approche. Une aimantation qui vous attire, une chaleur diffuse qui éclaire votre peau. Puis, à d'autres instants, le froid, qui hérisse vos poils, le danger de la mort qui rôde. C'est surtout par le regard que je sens cette vibration. Comme si quelque chose venait dans la lumière, comme si un faisceau réel appuyait au fond de moi.
Dans l'immensité d'une foule humaine, deux yeux soudain m'interrogent, me parlent, à moi seulement, comme s'ils m'avaient choisi. Je les sens, j'entends ce qu'ils disent, avec les éclats du regard. Je ne pense à rien, je ne désire rien. Mais en moi je sens l'onde qui se déroule et s'élance, et mon cœur bat vite. Ou bien tout à coup au fond de moi quelqu'un habite. Je ne sais pas qui, je ne le connais pas, ne le connaîtrai jamais.
Quelqu'un, un enfant peut-être, qui regarde une image brillante comme le soleil. Je ne veux pas savoir d'où il vient, ni pourquoi. C'est une image seulement que je vois, non pas avec les yeux, mais avec toute ma mémoire, une image qui vit en moi et rayonne. Peut-être l'ai-je reçue par hasard, peut-être que je l'ai portée longtemps, avant même ma naissance ?
Certains jours, sans cesse, je sens les ondes qui vibrent, je vois les yeux qui brillent, il y a des étincelles sur le corps des femmes, des nappes bleues sous les pieds des enfants. Certains jours, sans repos, cela s'allume et s'éteint, fait ses signaux. Que disent-ils?
Mais ce ne sont pas leurs mots que j'écoute. C'est le chant multiple et rapide des vivants. Les plus grandes émotions, le bonheur, l'extase, ils sont dans ce langage. La lumière est le verbe suprême qui nous enveloppe, nous brûle, nous transcende.
Si le langage n'est fait que de mots, il n'est rien du tout. Quelques bruits avec la bouche, quelques gestes, quelques silences: ce n'est pas une musique.
Mais quand dans les mots viennent la danse, le rythme, les mouvements et les pulsations du corps, les regards, les odeurs, les traces tactiles, les appels; quand les mots jaillissent non seulement de la bouche mais du ventre, des jambes, des mains, quand tout l'air vibre et qu'il y a comme une auréole de lumière autour du visage; quand surtout les yeux parlent, et le regard est une route sans fin qui traverse le cosmos; alors on est dans le langage, dans sa beauté, et il n 'y a plus rien de muet, ou d'insensé. L'insuffisance comique des philosophies est de vouloir établir une signification.
Mais la beauté, la puissance de la vie, quand on est sur leur passage, elles peuvent vous changer et vous révéler d'un seul geste, à la façon d'un éclair.
La beauté, cela ne s'invente pas. C'est une approche très lente et très douce, qui va plutôt à la vitesse d'une plante qui pousse. Un jour, encore un jour, une année, ainsi, lentement, étendant l'une après l'autre ses branches, occupant le ciel et l'espace, assurant sa prise dans la terre, tandis que passent les saisons, le vent, la nuit, le soleil, les eaux de la pluie. Cette flamme qui brûle au fond des êtres est belle et pure. Ce n'est pas une déflagration qui calcine. C'est une action obstinée et réfléchie, une combustion continue.
C'est la force de l'irréductible.
C'est une flamme qu'on ne remarque pas tout d'abord, parce qu'on est souvent distrait par toutes les étincelles et tous les éclats qui tourbillonnent sans cesse : la brillance, le luxe, miroirs partout tendus, phares aveuglants braqués sur les yeux, grandes plages de couleur, de blancheur.
Mais lorsque tout devient gris de fatigue et d'usure, lorsque la plupart des êtres se sont éteints et se sont effacés, alors on remarque cette lueur étrange qui brille par endroits, comme des feux de braise.
Quelle est cette lueur? Que veut-elle? Est-ce le désir? Le plus simple désir alors, la force de la vie, la force de la vérité. Ceux qui refusent les mensonges, ceux qui ne sont pas compromis dans les affaires louches du monde, ceux qui ne se sont pas avilis, qui n'ont pas été vaincus, ceux qui ont continué à vibrer quand tous les autres se sont endormis : la lumière n'a pas quitté leurs yeux. Elle continue à sortir de leur peau, de leur âme, la lumière pure qui ne cherche pas à vaincre ou à détruire.
La lumière pour cette seule action : voir, aimer. Je cherche ceux et celles qui brûlent. Ce sont les seuls immortels."
Le Clezio L'inconnu sur la terre
(...)
Miossec (1997)
Bien sûr, c'est dur
Comme tout renoncement, toute séparation
Mais il me faut penser à
Une vie demain, meilleure
Et ce recours aux forêts
Me libère des figures d'un monde qui
Rançonne les rêves
Et brûle ses forêts
Demain autrement dans la terre
Réconcilié de me savoir fini mais sans bords interdits
Et cela me suffit aujourd'hui pour marcher.. "
(...)
et au jour le jour, cela se raconte (encore et toujours) ici.
Au fil des jours en écriture, une bande sonore remplit le silence.
Histoire de la partager, j'ai crée un espace dédié, histoire aussi d'entendre autrement mes jours, malgré tout.
http://prumtiersen.typepad.com/unemusiqueunjour/
(...)