Dernières publications photographiques sur le moment vécu aux Poétiques de Saumur.
Une galerie en cours (sélection) peut être visionné sur la page : Les poétiques 2009.
Avec la semaine écoulée, le projet de publication en cours (toujours pas abandonné, merci R.), avec les livres tout autour toutes les journées passées et celles à venir, les mots "sauvages et acides" de Pierre Bergounioux sont ceux qui aujourd'hui disent le mieux la résistance possible et nécessaire :
"Toute littérature authentique est dissidente. Aux versions officielles, intéressées de la réalité, elle oppose une interprétation autre, hérétique, qui explicite le sens enfoui de l’expérience. Pas d’œuvre importante, depuis un demi-millénaire, qui n’ait porté dans le registre de l’expression des faits inaperçus, douteux, contestés, dangereux, que les énoncés concordataires s’ingéniaient à omettre ou à dénier.
La critique porte au second degré la conscience que la littérature prend de la réalité. Elle suit sa chance et court d’authentiques dangers.
Le trait majeur des trente dernières années, c’est la défaite, dans ce pays et par toute la terre, des forces de progrès, la généralisation de l’esprit de lucre et du style de vie qui va de pair, recherche effrénée du profit, plat consumérisme, culte régressif du corps, crétinisme sportif, tolérance accrue à l’inégalité, détérioration du facteur subjectif.
Les grands livres, quoiqu’ils empruntent, pour naître, une main singulière et portent un nom de personne, en couverture, sont toujours adossés à un projet collectif. L’auteur n’est jamais que du social individué, de l’histoire incarnée. L’absence d’alternative et d’espoir, d’un grand dessin, ne peut pas affecter leur simple possibilité. (…) La logique marchande, jointe à la prégnance des formes passées ou à la difficulté – c’est pareil ] des textes innovants, actuels, tend à faire de la littérature une occupation anodine, « un quart d’heure de passion sans nuisance ni conséquence », comme disait Montaigne à propos de tout autre chose. On n’escompte pas de la critique qu’elle désigne à coup sûr et dans l’instant les œuvres où se dessine l’énigmatique physionomie du présent. Il faut que du temps ait passé, que le trouble et l’émoi se soient dissipés pour qu’on reconnaisse les textes où l’esprit d’une époque a cristallisé. Mais on attend d’elle qu’elle distingue, à tout le moins, entre des travaux exécutés selon des procédés éprouvés, donc dépassés, conservateurs, et les entreprises hasardées, obscures, discutables qui visent à formuler ce qu’on ignore ou conteste l’ordre établi. Sous ce rapport, critique et littérature ont partie liée. La puissance de révélation, donc de libération, qui s’attache à celle-ci ne saurait survivre à la domination de celle-là, qui s’observe un peu partout dans la presse, les médias, l’école aussi.
Il existe un goût standardisé, des critères formels et des thèmes assortis à l’activité éditoriale en vue du profit. Si, comme il y a lieu de le craindre, il l’emporte, avec l’appui des groupes financiers, d’un personnel politique à peu près inculte, et, au demeurant, décomplexé, d’un système éducatif ravagé par l’inégalité, c’est ce que nous avons eu de meilleur qui sera perdu"