Mes raisons d’aimer, immensément ce roman de Marie N’Diaye me sont pour une part très personnelles (et donc assez inintéressantes ) et pour d’autre part très public.
Je dirai alors le très public :
Qu’elle ait gagner « contre » Mauvignier (ça, c’est très personnel)
Que cela dise la vraie littérature, celle qui surgit à 17 ans et bien avant, et chez jérome Lindon qui a lu son manuscrit la veille et l’appelle immédiatement.
Que c’est une feministe, une vraie.
Que c’est une fois engagée, une vraie. http://www.desordre.net/blog/?debut=2009-11-08#2317
Que sa voix s'élève, parfaitement nette, singulière, au-dessus de tous les bavardages. Qu’elle laisse derrière elle un écho vibrant.
Que ces qualités ne se rattachent pas à un courant, une école, une génération.
Que la solitude est même absolument centrale dans ce roman. Que c’est précisément cette solitude qui fonde le destin des êtres et, presque, leur humanité. Cette solitude qui ravage et met en miettes, elle qui suscite la douleur et l'incompréhension, mais elle aussi qui permet de se construire : à partir du balcon que leur solitude avance au-dessus du vide, les humains peuvent prendre conscience d'eux-mêmes et de leur existence. Ce qui ne signifie pas être heureux, du moins pas au sens doux et confortable du terme. On peut même dire que les personnages de ce livre n'ont du bonheur qu'une idée plutôt vague, voire pas d'idée du tout.
Que tout cela me touche, bien evidemment
Alors comme l’écrit si bien la journaliste du Monde :
« A sa manière, chacune des trois femmes de ce roman posent la question de la perversité, du mal et de la liberté. Autrement dit, de la manière dont les êtres peuvent laisser le malaise des autres s'infiltrer en eux, la "corruption" les gagner, puis comment ils peuvent reprendre possession de leur propre vie.
D'une histoire à l'autre, le livre est traversé par deux courants souterrains, l'un descendant, l'autre ascendant. Le premier marque l'invasion du mal, qui prend des formes très variées, bien qu'il s'incarne presque toujours dans des hommes (des mâles s'entend) et emprunte la plupart du temps le chemin du mensonge.
C'est au point le plus bas du malheur que s'amorce le deuxième mouvement : l'émergence d'une conscience, au milieu des décombres. Comme souvent, les personnages de Marie NDiaye sont pris dans des phases de doute qui les conduisent au bord de l'égarement. Où passent les frontières entre le bien et le mal ? Qui est bon, qui est mauvais ? Qui est faux, qui est vrai ? Et surtout, comment discerner le démon qui se cache peut-être derrière le visage le plus angélique ?
La silhouette de l'ange, installée de façon plus ou moins grotesque dans la vie de Rudy Descas, est en fait une figure tutélaire : "Qui est ton ange gardien Rudy, quel est son nom et quel est son rang dans la hiérarchie angélique ?" C'est quand ils parviennent enfin à voir (en eux-mêmes et autour d'eux), quand le "masque de la cruauté" est enfin arraché, que les individus sont, en quelque sorte, sauvés.
Pris dans ce rythme de flux et de reflux, les personnages finissent par appartenir à une même famille. Par un jeu de construction très savant, l'auteur a fait de ces histoires juxtaposées trois pièces d'un même ensemble, comme les volets d'un triptyque. Bien que sans lien apparent, ces femmes sont rattachées par des signes discrets, qui les font, en quelque sorte, moins seules. D'abord la récurrence de certains noms (Dara Salam, la prison de Rebeuss, le prénom Fanta) et puis la présence insistante des oiseaux : la buse qui, s'élevant au-dessus de Rudy, "lui écorcha le front au passage", les corbeaux "noir et blanc volant bas" devant Khady et même l'ange gardien ou le père de Norah, perché dans un flamboyant, comme un gros vautour "aux ailes repliées sous sa chemise".
Mais ce qui rassemble vraiment ces textes, ce qui leur donne force et cohérence, c'est évidemment l'écriture de Marie Ndiaye. A la fois introspective et précise (l'utilisation des adjectifs et des adverbes est étonnante de justesse), tour à tour éruptive et contenue, cette langue ouvre sur le monde mystérieux des pensées les plus secrètes - là où nichent, tels de grands oiseaux inquiétants, le surnaturel et la magie qui naissent à l'intérieur de l'homme et non pas en dehors de lui.
En explorant cette part d'outre-monde que portent ses personnages, en la faisant affleurer, Marie NDiaye la donne en partage. Et d'une certaine façon, par la grâce de sa littérature, parvient à entamer un peu la solitude des êtres - du bout de l'aile."

(N.B : cette photo, Trois femmes puissantes.
Ce n'est pas moi qui l'est prise. Je l'ai empruntée à qui de droit.
Une histoire encore de "D'autres vies que la mienne".
(...)
Son mari souhaite cette image rendue "publique".
Il a raison.
j'en suis ainsi et en quelque sorte, et alors et à mon tour
le dépositaire.
Elle aussi souhaitait que l'on voit ce moment de VIE.
La vraie puissance, c'est bien la vie malgré tout, c'est la vie envers et contre tout, c'est la VIE (la joie) jusqu'au bout. Elle a su le montrer.
Je pense qu'elle aurait aimer le roman de Marie N'Diaye.