« Je me souviens, dit le premier ; le plus beau, c’est après la pluie du petit matin : quand le soleil se lève, chaque goutte de pluie devient une sphère qui reflète le monde entier. Chaque brin d’herbe, chaque feuille s’enrobent de gouttes de lumière et le vert du printemps désaltère notre soif... ».
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« Je me souviens, dit un autre ; le plus beau, c’est le rire des enfants : quand
tout leur visage s’illumine, que leurs yeux s’emplissent de larmes de bonheur
et que leur joie est une cascade qui rafraîchit notre coeur usé... »
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« Je me souviens, s’écrie un troisième; le plus beau, c’est d’apercevoir, au bout du quai le visage de la femme aimée venue vous attendre ; elle est si belle que le coeur manque éclater de fierté... »
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« Le plus beau, c’est ce jardin, chuchote celle-là, le jardin dans lequel on a passé des heures et des jours à enlever les pierres, à retourner la terre, à planter, à arroser... Quand éclatent les couleurs de l’été, quand s’emmêlent les roses pâles, les jaunes ébouriffés et les bleus délicats ; quand les rosiers croulent sous le parfum de leurs fleurs, on dirait que notre coeur respire directement un arc-en-ciel... »
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« Je me souviens, je l’ai rencontré un jour, dit une autre ; il était assis à
l’autre bout du café ; quand je suis entrée, nos yeux se sont accrochés, nous
n’avons plus bougé, et mon coeur m’a dit : “C’est lui.” »
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« Je me souviens, reprend son voisin ; le plus beau, c’est le crépuscule d’un
soir d’été. Quand la forêt devient bleue que le silence est suspendu au frisson
d’un nuage, au frémissement d’une aiguille de pin ; alors, pour un instant,
le coeur s’apaise... »
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« Je me souviens, dit un autre ; le plus beau, c’est le premier matin de
neige : le monde étale le mystère de sa beauté, de sa souveraine blancheur ; il
est propre, brillant, immense ; et nos coeurs se purifient de toute obscurité,
seulement en le regardant... »
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« Je me souviens : le plus beau, c’est le sourire d’un inconnu dans une rue ;
un sourire pour rien, un sourire pour la joie d’être là, pour l’instant attrapé
au vol. Un sourire comme une petite flamme qui illumine le coeur... »
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« Le plus beau, c’est l’océan et son chant infini... », dit une autre. « Le plus
beau, c’est la fraîcheur d’une église... »
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« Je me souviens, le plus beau, c’est pardonner et se souvenir des beaux moments... »
« Je me souviens de l’amitié », dit l’un.
« Je me souviens du pépiement de la flûte, de la résonance des tambours... »
« Le plus beau, c’est se perdre dans le ciel étoilé, contempler notre insignifiance
et laisser le coeur s’ouvrir, aussi grand que tout l’univers... » « Je me
souviens... »
« Le plus beau... » « Je me souviens... »
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Ainsi parlent les hommes, au creux des jours, quand les masques tombent
et que les corps se lassent ; quand l’écume s’est retirée et qu’il ne reste que le roc, dur, coupant, singulier de leur propre vie.
Ainsi parlent les hommes quand ils acceptent leur fraternité, quand ils abandonnent
leurs peurs, quand ils se reconnaissent.
Et leurs récits entrelacent leurs vies, les rendant plus fortes, plus solides ;
et leurs paroles tissent un monde, monde éphémère comme leurs vies,
si fugaces, si fragiles.
Et leurs voix résonnent dans notre vie, les éclairent et survivent bien
au-delà de nos jours.
Je me souviens ...
(...)
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et sur la route...
le passé n'a jamais si bien rejoint
le présent
sur la route
et demain déjà aussi
depuis longtemps...
2010 project'
bordé par la levée
sur la route vers...