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La Loire vue de Montgolfière. Envol 1. 27/05/09.
"Mais parce qu'être ici, c'est beaucoup. Et qu'ici tout, semble t'il, a besoin de nous, ces choses éphémères qui étrangement nous appellent, nous les éphémères. UNE fois chaque chose, rien qu'une fois. Une fois et c'est tout. Et nous aussi rien qu'une fois. Et jamais plus. Mais une fois quand ce ne serait qu'une fois avoir été celà : de cette terre, voilà qui semble irrévocable".
Rainer Maria Rilke. Elegie de Duino. 9ème Elegie.
"Au régiment, peu importe d'où tu viens/si l'on marche si l'on marche/tout va bien."
Deux fois présent lors de l'interprétation de S.E.S.A. Deux nuits hors dimensiOns... Des mOments qui (me) font un tel échO...encore un tremplin de plus...une colère transfigurée en joie, en jeu, en lumière...une plongée dans la matière du corps comme mode d'expression et puis surtout des (une) rencontres essentiel(le)s.. et une démarche...
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Dé-marche ? Marche à ne pas suivre ? Tout ce qu'Alain Buffard a fait et défait avant de devenir - ou de redevenir- Alain Buffard dérange (?), mais fait sens. D'abord danseur, et parmi les trés remarquables, il choisit un jour de s'arrêter de danser. Aprés s'être nourri pendant plusieurs années d'art contemporain, quand il y revint, ce fut comme chorégraphe. Et ce n'est évidemment pas par hasard si, en 2002, il intitulait l'une de ses pièces, préciséent Dé-marhe. Affublée de ce "dé" privatif, sa mrche, qui est aussi une danse, il l'a toujours entravée. La contrainte est sa loi, la mise à l'épreuve sa modaité favorite. La question de l'aliénation est au coeur de ses performances. (...) de la coercition à la colère, il n'y a qu'un pas. C'est sur la question : "Qu'est ce qui vous met en colère" , "Comment transformer cette colère"...qu'il a ainsi travaillé avec les seizes étudiants du CNDC.
La pièce s'appelle : S.E.S.A : Stratégie d'Emancipation du Sujet Assujetti.
D'un dressage à l'autre...la réflexion est à l'oeuvre...la démarche est clairement politique.
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Utiliser les mots et les images, les faire sortir de leur gangue originelle. Combattre toutes formes de suffisance (ce qui se passerait de l'autre, qui serait suffisant à soi) et de "prêt à" (prêt à penser, prêt à être).
Ne pas les détourner ces Moments,
juste les ramener à soi, les serrer fort tout contre soi, et voir naître la lumière.
Et Malgré TOUT. Même quand TOUT s'y oppose. Quand ça produit du "déchet" (la tragico-comédie, la farce sociale)...On ajuste. (Et REWIND).
Rewind toujours. Par exemple. HUMA(NI)Té. (comme une autre)...
ici aussi et surtout :
Schools is cool.(en videO). J'y retOurne ...
Malgré TOUT peut se dire en langue anglaise After ALL...
after,c'est "aprés", non ? c'est malgré aussi... (?!)
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Je partage l'avis d'Arthur H sur l'enfance de l'art (in "onirique attaque". Ed. textuel) quand il dit que :
"l'imaginaire est une façon trés rusée d'explorer sa réalité intérieure, en avançant masqué, indirectement, comme par effraction vers le coeur de notre esprit. C'est du cambriolage métaphysique, l'approche le plus prés possible du Saint des Saints, en évitant la mise en route des alarmes, des systèmes de protection. (...) les difficultés commencent, le travail de fond artistique, au moment où l'on tente de capter le rêve, par essence impalpable, évanescent. Attraper une vision avec un filet à rêves et la clouer sur un tableau."
Le travail de Vincent Moon me donne, définitivement envie, de prendre les images en mouvement.
La semaine prOchaine va me porter chaque soir (nuit) au Quai à Angers pour découvrir Schools is cools.
Comment par l'image, créer le contact le plus vibrant possible, comment laisser la part mystèrieuse travailler et laisser l'irrationnalité d'une vision s'exprimer. C'est à vivre. (...)
Et puis, Mercredi aussi, je prends mon envol...(Merci à la trés chouette équipe de La Maison Les Romans pour ce cadeau) rdv à partir de 6h00 sur la patûre entre les Ponts Gennes-Les Rosiers...
En attendant et pour vivre TOUT celà, little pause d'ImmemOry.
Et le soleil dans les branches...
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A vous lecteurs (fidèles ou de passage), que ce conseil de Cocteau vous accompagne toute la semaine :
"Le matin, surtout ne vous rasez pas les antennes"
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Fiume Night 13 _ Irena & Vojtech Havel, part1 _ Manhattan, april 2009 from vincent moon / temporary areas.
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On est à Manhattan mais on pourrait être ailleurs. Dans un parc où l'on entend les enfants qui jouent. Et où résonne le son des amants qui se rejoignent... comme une ligne mélodique. Il y aurait des balançoires et un moment, passeur de lumière.
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" Nous marchions ensemble, perdus dans nos pensées. Je ne sais plus où nous étions, ni même quand cela se passait. Puis tu t'es approchée pour me caresser les cheveux et me prendre la main ; je sais que tu me tenais la man et que tu me parlais doucement. Soudain, j'ai eu l'impression que tout était parfait, qu'on n'aurait rien pu ajouter à ce bonheur, à ce contentement. C'était tout ce qui était, tout ce qui pouvait être. Le meilleur de tout s'était concentré dans cet instant et ce ne pouvait être que de l'amour "
Hanif Kureihi. Intimité. Christian Bourgeois Ed. 1998
Fiume Night 01 _ Nikaido Kazumi _ Osaka, february 2009
Certaines rencontres vous mOdifient et vOus laissent lOin de vous. Il y a des instants où la présence est telle...qu'elle se fait murmure puis cris...le mOnde peut bien rire...et la nuit la découvre comme une enfant...Merci à Vincent Moon pour cet instant capé.
« Aucun homme n’est une île, un tout, complet en soi ; tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble ; si la mer emporte une motte de terre, la terre en est amoindrie, comme si les flots avaient emporté un promontoire, le manoir de tes amis ou le tien ; la mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain"
John Donne, « No man is an island , entire of itself". 1624
Inspiration : L'invention d'un île. Mystère de Loire/
Prenant place dans un lieu insolite, les expositions mises en place par les étudiants de l'Ecole Supérieure des Beaux-Arts d'Angers, utilisent le thème des installations paysagères dans le cadre d'un atelier de recherche. François GAROTTE, copropriétaire de l'île, ancien professeur à l'École Supérieure des Beaux Arts d'Angers, à l'origine du projet sur l'île explique cette démarche : "L'île de Baure se situe sur la Loire face au village de La Ménitré, entre Saumur et Angers. Cette île de grande dimension est vierge de toute construction ; il faut s'y rendre en bateau. Ce lieu aux allures sauvages, difficile d'accès, est inscrit dans le Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'UNESCO.Dans ce contexte extrêmement complexe et singulier, nous donnons les moyens de développer un travail artistique lié aux paysages de la Loire, enraciné dans la culture fluviale, qui fait l'identité de cette région.
« J’ai trouvé le nom le plus proche de ce que je veux dire là, de ce que je veux vivre dans ma vie, écrivant, n’écrivant plus, écrivant encore : la compassion. La compassion est un mouvement. Un mouvement par quoi vous allez de vous qui êtes là, à l’autre qui est au-delà de vous, et pour lui dire cette chose simple et obscure :
Rien de vous ne m’est semblable, hors de cette misère d’existence vouée à son effacement, par quoi je me reconnais semblable à vous. (...)
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(...) Il y a un communisme réel de l’écriture.
C’est le même communisme que mettent en œuvre les amants quand ils s’aiment et les enfants quand ils jouent.
Jouer, écrire, aimer, c’est entrer dans une société qui échappe à toute emprise du monde, c’est faire l’expérience d’une fraternité réelle, non décrétée, atteinte après avoir épuisé la singularité des voix et des chairs, après avoir traversé toutes épaisseurs de différences, sans en oublier aucune. (…) C’est vrai tout va contre notre cœur. Tout conspire contre cette fraternité de vivant à vivant. L’indifférence est une épreuve. (…) Ne demandez pas à cet homme de rester le même. Ne demandez jamais rien de tel à ceux que vous aimez. Vous aimez, et tout amour veut la fidélité. Mais la fidélité n’est pas l’allégeance à une personne ni la soumission à une identité. L’amoureux – et un artiste ce n’est rien d’autre qu’un amoureux – ne peut être fidèle qu’à la vérité de son amour, qu’à cette vérité nécessairement érrante, contraire à toute appartenance.
Il faut ne jamais rien céder sur la vérité, sur le goût enfantin de la vérité. Le reste- bon vent, mauvais vent, fortune, infortune- ne devrait pas vous attrister. Le reste n’importe pas. (…)
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(...) Ce que vous aimez dans les livres n’est pas dans les livres.
Ce que vous aimez dans les livres tient à ce vide que vous n’approcherez jamais, autour duquel les écrivains avec leur encre, les enfants avec leurs rires, les amants avec leur fatigue, tissent leurs pétales d’encre, de rire ou de fatigue. (…)
Tout empêche un écrivain d’écrire- mais écrire c’est passer outre à l’empêchement d’écrire.
Aimer, c’est passer outre à l’empêchement d’aimer.
Le monde ne peut rien contre ça.
Le monde ne sait pas passer outre à rien, pas même au monde. Le monde ne sait que continuer, se continuer indéfiniment, poursuivre son long tracé sans origine ni fin, sa grande ligne droite, inutilement droite, incomparablement moins belle et vraie et pure que le désordre de pétales rouges autour d’un cœur sans fond."
Christian Bobin. Un désordre de pétales rouges. 1997. Editions Lettres Vives.
"il y en a ils travaillent dur ils ont beaucoup de responsabilités ils veulent commander ils marchent vite ils ne font jamais de surprise à personne ils n'ont pas le temps il y en a ce qu'ils aiment c'est voyager aller partout dans le monde changer d'air de paysage courir dévaler les pentes se saouler boire des visages il y en a d'autres ils passent presque inaperçu ils ne veulent pas déranger ils font leur vie sans rien demander d'autres qui aiment argumenter discuter peser le pour et le contre analyser les causes les conséquences d'autres encore ils aiment flâner rêver marcher se taire sourire et puis plein d'autres c'est un peu mélangé ils veulent aimer ils sont souvent émus ils ont l'air de se débattre pour remettre de l'ordre"
Albane Gellé. L’air Libre - Éditions Le dé bleu, 2002
(...)
Au moment où je laisse ces mots s’écrire, la maison dort encore.
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La nuit n’a encore rien cédé au jour.
Le vent de la nuit n’est pas tombé. Je l’entends qui souffle.
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Je pense que ce sont les mots de Cathie qui ont fait leur travail.
et le grOs ventre d'Albane
Ces mots qu'elles ont prononcés bien aprés la lecture publique à la librairie du Livre à venir.
Des mots qu'on efface bien vite parce qu'ils disent trop.
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silence
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Ce que l’on voit.
On ne l'entend pas.
La neige qui recouvre tout. Les sons surtout.
Nos souvenirs.
Ce mOnde flottant. Ce monde qui nous met en prise. En prise sur le monde.
Emprise.
On n’oublie rien.
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Blanche, "petite fille" aveugle.
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Une série de phrases qui résonnent que je retrouve « de mémoire » (que Cathie ne m’en veuille pas d’abimer ainsi son texte :
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« Blanche se taisait en attente de ce que j’allais dire. J’étais dans ma rêverie, dans le tableau du ruisseau et je lui demandai si elle avait déjà vu des libellules.
Son visage se figea une seconde, puis elle mit sa main sur la mienne.
(…)
L’eau du ruisseau coule et ça cliquette sur les cailloux qui résonnent.
(…)
Les libellules, on ne les entend pas, c’est du silence parfait
Je vois les choses dans les mots. , Je les entends.
Libellule suffit tout seul. »
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Merci à Alexandre Jollien pour son sourire
(je crois que l'on devrait toujours commencer par remercier les gens pour leur sourire)
et la phrase qu’il assène, comme un joli coup de galoche, à Bernard Campan
« Progresser, c’est avancer 1000 fois et reculer 999 ».
(...)
* Le titre de la note - Les premières choses ...
provient des têtes de "chapitres" du livre de Cathie.
Une expression qui m'a fait "révélation", entendue vOila quelques mois une première fois par Hélie de Saint Marc et qu'il m'était nécessaire d'intégrer à mon récit...
c'est Yannick Haenel en Avril 2008 qui cette fois reprécise la double nature du SANS POURQUOI.
"Deux fois dans l'histoire occidentale, a résonné le "sans pourquoi".
Angelus Silesius nomme ainsi, au coeur du moyen-age, ce qui palpite dans le poétique : "La rose est sans pourquoi", écrit-il. Aucune causalité ne détermine la floraison de la rose : elle existe pour rien - et cette gratuité coïncide avec ce qu'on nomme la poésie.
La deuxième fois, c'est Primo Levi qui entend le "sans pourquoi". C'est dans un camp d'extermination, à Auschwitz. Primo Levi a soif. Une congère s'est formée au bord de la fenêtre. Il sort du baraquement, veut casser le morceau de glace pour épancher sa soif. Un Kapo allemand l'interrompt : "pourquoi ?" demande Primo Levi. "Hier ist kein warum" répond le nazi ("ici, il n'y a pas de pourquoi").
Le "sans-pourquoi" est ici le contraire même de l'expérience de Silesius - l'exact contraire de la gratuité poétique : il est le mot d'ordre d'un monde dévasté, le signe même de la barbarie, de sa fondamentale absurdité. Ce qu'il en est, aujourd'hui,de l'existence, s'éprouve à travers la double expérience du sans pourquoi. Car cette double expérience - l'apparition possible à tout instant de la poésie, et l'assignation virtuelle de chaque corps à la destruction - rencontre le coeur vide de la représentation, c'est à dire l'IRREPRESENTABLE.
Ecrire, au XXI ème siècle, c'est devenir le témoin de l'irreprésentable. C'est faire entendre, à travers des phrases, à la fois l'abjection contemporaine (la congère interdite) et la possibilité de la jouissance (la rose). C'est capter ce qu'il en est, aujourd'hui, de la nervure du mal et de l'ouverture poétique".
"Tout cela mon ami,
Vivre qui noue
Hier, notre illusion,
A demain, nos ombres.
Tout cela, et qui fut
Si nôtre, mais
N'est que ce creux des mains
Où eau ne reste.
Tout cela ? Et le plus
Notre bonheur :
L'envol lourd de la huppe
Au creux des pierres.
Et puisse être le ciel
Notre façon d'être,
Avec ombre et couleurs
Qui se déchirent
Mais dans la hâte même
De la nuée
Ont visage d'enfant
Qui vient de naître,
Foudre qui dort encore,
Les traits en paix,
Souriante comme avant
Qu'il y ait langage".
Un poète essentiel :
Yves Bonnefoy. Les planches courbes. 2001.
extrait de " La Pluie d'été."
Bande son essentiel :
Sigur Ros. "Med Sud I Eyrum Vid Spilum Endalaust" (avec un bourdonnement dans l'oreille nous jouons éternellement)
J'ai relu, lentement le texte que j'ai adressé à Emma avant hier. J'aime son insuffisance et sa suffisance, je ris de ses boursouflures, de son côté breloque (ds étoiles sur les genoux). J'aime qu'à sa façon il me conforte dans l'idée que l'intérêt de la photographie est de rendre caduque le bavardage. La difficulté est qu'on arrive pas facilement à tout à fait se taire, qu'il faut lutter "contre soi même" avec une patience infinie pour ne pas enfiler des phases comme on bat la campagne. S'il a pu toucher certains, c'est surement parce que comme les cris du coeur des enfants quand l'émotion déborbe, il ne fait juste pas du tout semblant. Merci vraiment à DelissS pour ça aussi.
(...)
En 1990, je lisais avidement le premier "roman" de Paul Auster - L'invention de la solitude - et plus naÏvement encore le deuxième cahier - Le livre de la mémoire-. J'avais tout juste dix sept ans. Je quittais l'univers étroit familial pour m'installer sur Lille. Je traînais ce fichu bouquin partout avec moi comme on traîne sa peine. Dans la poche, comme un jeune premier de Truffaut (revisité par Christophe Honoré). J'aimais la musicalité du texte et un sentiment d'étrangeté (entre le merveilleux et le tragique) ne m'a pas quitté pendant toutes ces années estudiantines. Depuis le métro Sébastopol et La porte des Postes, le temps a passé...je l'ai parcouru bien des fois depuis, lu et relu...Je l'ai raturé, gribouillé, j'en ai corné bien des pages, découvrant sans cesse de nouveaux sens, de nouvelles émotions, le reprenant au début, au milieu, encore et plus tard, au fil des saisons, sans cesser durant toutes ces années...de le redécouvrir, en silence ou à haute voix, en filigrane des mots ou entre les lignes.
Avec le temps, ce livre s'est épaissi. Sacrément épaissi. C'est que jai rencontré bien des enfants, j'ai vu grandir les miens, j'ai accepté de transporter avec moi, comme tout homme, le poids de l'enfant que j'avais été, un enfant qui n'écoute pas, qui n'obeit pas ou trop, qui ne veut rien comprendre aux lois d'ici bas et qui réclame toujours "le bleu intact du ciel'"
Ce soir encore, ce sont les mots de ce Livre de la mémoire que j'entends en résonnance :
(...)
"C'est pourquoi l'idée de la souffrance d'un enfant lui paraît monstrueuse. Plus monstrueuse encore que la monstruosité du monde lui même. Car elle prive le monde de sa seule consolation, et par ce qu'un monde dépourvu de consoltation est imaginable, elle est monstrueuse." Paul Auster. 1982.
Et hier comme en écho, j'ai lu le beau roman de Catherine Leblanc : "Touché". Sentiments d'autant plus fOrts qu'ils sont retenus. Il me reste simplement une phrase que je retrouve de mémoire (!) :
"ce qui disparaitra mais qu'on ne peut détruire".
Pas de doute, fabriquer des images, c'est délier et renouer des fils.
Ce soir je me retourne retrouver la beauté intense et poignante à chaque page de :
Richard Powers. Le Temps où nous chantions.
Demain, je laisserai le "je" là où il se doit de rester. Je préfère. L'écriture photographique n'est jamais suffisante, elle. Et si elle l'est, je m'en moque.
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11 MAI 2009.
Emma, tu as aujourd’hui 9 ans.
Je ressens une certaine émotion de partager cet anniversaire là avec toi.
Je voudrai essayer aujourd’hui de te parler un peu de toi, de te dire quelques mots un peu poussifs et forcément quelques peu indécents sur ce que tu représentes pour moi.
Je ne peux pas restituer en photo cette fois cet « infra-ordinaire » qui fait notre quotidien. Je n’ai pas d’autres choix que d’utiliser pour ce faire le « triste langage des mots dits », m’empêtrer dans l’inexactitude des ressentis quand ils sont, par essence, innommables…mais après tout, qu’importe le résultat...je me lance d'une traite (de vache !?!)
Cette année et depuis quelques mois, la chance m’est donnée d’avoir du temps, du temps pour te regarder grandir, pour te regarder vivre.
Et rien que ça, c’est un plaisir sans nom.
Tu as, je tenais à te le dire, ces dernières semaines, sacrément changée. Mais ça, tu le sais bien car tu n’es pas, chaque matin, sans nous le faire remarquer.
Ton petit corps de petite fille s’en va… Tu deviens, en fait, jour après jour, un sacré bout de bonne femme, solide, robuste, plus que jamais tonique.
Tu es tout en force et tout en douceur. Cette dualité m’étonne sans cesse.
Je ressens chez toi actuellement un tel affranchissement, une façon nouvelle d’habiter ta personne, avec ce qu’il faut d’assurance teintée de juste fragilité.
Tu es à la fois si discrète et en même temps si aventurière. C’est une alchimie que tu réussis pas mal, je trouve.
Quand je te regarde, je vois à la fois une terrible peur de blesser l’autre, une peur de le gêner et l’expression d’une attention délicate pour ceux qui t’entoure ainsi qu’un souci permanent du « bien faire » et en même temps une générosité sans limite, sans limite dans l’effort, dans ce qu’il faut de présence physique pour épater bien des garçons, pour foncer à s’en faire pêter le talon d’Achille…
ça c’est vraiment tout toi !
Ce mélange savant de timidité (très relative) et de fonceuse (pas relative). Je crois que c’est cela que tu me révèles précisément de toi. Cette belle et surprenante complémentarité dans ton « être au monde »
Je suis heureux de te voir peu à peu t’accomplir dans ton environnement (tes cabanes, tes jeux guerriers, ta course à pied, ton skate, tes bande-dessinées…) et j’aime voir la tendresse et l’admiration que tu témoignes sans cesse à l’égard de ton jeune frère.
Ce que je garderai de tes neufs ans : ta façon encore de t’effondrer en pleurs, explosée de fatigue certains soirs, câlinant ton Meije, tes gros délires par à coups – quand tu imites la démarche de Jack Sparrow- et quand tu fais le zouave, ta façon aussi de te détacher de nous peu à peu, de t’affirmer de façon sauvage en t’opposant peu à peu à ta mère notamment, ta façon de vivre intensément chaque injustice et de saisir le concret de la vie (les lieux et les événements).
Tu ne fais, il faut le dire, jamais dans la poésie. Tu ne fais pas vraiment franchement dans la dentelle. Tu fonces ma grande et tu aimes que cela fonctionne. Tu fonces et tu aimes que cela ne te résiste pas. Or, tu es d’une grande et extrême délicatesse. Tu n’as pas peur d’aller de l’avant à la seule et unique condition d’avoir été mise en confiance.
C’est à nous de jouer finalement. C'est fascinant de te voir nous remettre ainsi la balle. Chacun son boulot ! C'est déjà pas si simple pour toi de grandir si vite...alors tu aimes nous observer dans notre boulot de parents.
Tu es surprenante pour ça aussi.
En fait, je me demande si as tu réellement changé depuis toutes ces années ?
Ce qui est sur (et terrible) c'est que tu nous ressembles de plus en plus, à ta mère et à moi.
J’aime partager avec toi bien des moments : les conduites scolaires, les parties de pêche, les parties de tennis, les courses à droite et à gauche, les fous rires et les chahuts, les explications du monde tel qu’il va (la politique, les événements alentours, les gens et ce qu'ils ont de curieux…)
On n’est jamais à la hauteur de ses enfants. On n’est jamais trop petit pour eux.
Alors, j’essaye juste d’être aussi prêt que possible de toi tout en essayant de ne pas trop t'empêcher de grandir. Et c’est un challenge assez immense.
En fait, je voulais juste te dire que tu es une petite gamine tout à fait merveilleuse et j’ai une chance extraordinaire d’être ton papa.
Alors pour tout ça et pour tout le reste je te souhaite un bon anniversaire ma « petite grande » !
(...)
(...)/
La photo du milieu, c'est toi qui l'a prise ce midi. C'est trés réussi. Merci.
Maurice Maertelinck :
"La parole est du temps, le silence de l'éternité.
Dès que les lèvres dorment, les âmes se réveillent et se mettent à l'œuvre ; car le silence est l'élément plein de surprises, de dangers et de bonheur, dans lequel les âmes se possèdent librement.
Si vous voulez vraiment vous livrer à quelqu'un, taisez-vous : et si vous avez peur de vous taire avec lui, fuyez-le, car votre âme déjà sait à quoi s'en tenir.[...]
Nous ne parlons qu'aux heures où nous ne vivons pas, dans les moments où nous ne voulons pas apercevoir nos frères et où nous nous sentons à une grande distance de la réalité.
Et dès que nous parlons, quelque chose nous prévient que des portes divines se ferment quelque part.
Aussi sommes- nous très avare du silence, et les plus imprudents d'entre nous ne se taisent pas avec le premier venu. L'instinct des vérités surhumaines que nous possédons tous nous avertit qu'il est dangereux de se taire avec quelqu'un que l'on désire ne pas connaître ou que l'on aime point; car les paroles passent entre les hommes, mais le silence, s'il a eu un moment l'occasion d'être actif, ne s'efface jamais et la vie véritable, et la seule qui laisse quelque trace, n'est faite que de silence. Souvenez-vous ici, dans ce silence auquel il faut avoir recours encore, afin que lui même s'explique par lui même ; et s'il vous est donné de descendre un instant en votre âme jusqu'aux profondeurs habitées par les anges, ce qu'avant tout vous vous rappellerez d'un être aimé profondément, ce n'est pas les paroles qu'il a dites ou les gestes qu'il a fait, mais les silences que vous avez vécus ensemble ; car c'est la qualité de ces silences qui seule a révélé la qualité de votre amour et de vos âmes. Je ne m'approche ici que du silence actif, car il y a un silence passif, qui n'est que le reflet du sommeil, de la mort ou de l'inexistence.
C'est le silence qui dort ; et tandis qu'il sommeille, il est moins redoutable encore que la parole ; mais une circonstance inattendue peut l'éveiller soudain, et alors c'est son frère, le grand silence actif, qui s'intronise. Soyez en garde. Deux âmes vont s'atteindre, les parois vont céder, les digues vont se rompre, et la vie ordinaire va faire place à une vie où tout devient très grave, où tout est sans défense, où plus rien n'ose rire, où plus rien n'obéit, où plus rien ne s'oublie. [...]
A mesure qu'on avance dans la vie, on s'aperçoit que tout a lieu selon je ne sais quelle entente préalable dont on ne souffle mot, à laquelle on ne pense même pas, mais dont on sait pourtant qu'elle existe quelque part, au dessus de nos têtes.[...]
« Plus nous nous écartons du langage, plus nous pénétrons dans cet ailleurs qui n’est nullement un double de ce monde. Qui est une chambre d’écho du langage où son défaut s’émancipe. Jusqu’à l’hallucination de la faim. Jusqu’au désir physique. Jusqu’au rêve.
Plus on va loin à l’autre bout du monde, plus la rive est violente en retour. Mais cette mélancolie intense accompagnée de ce réveil dur est encore cet ailleurs qui se répand sur nous quand nous aimons.
Nous nous retrouvions enlacés, nos deux corps nus, frissonnants sur la rive.
Les chambres aussi sont des rives.
Les lits sont des sortes de berges extrêmes.
Nous nous taisons. Je ne puis dire combien je sais maintenant que nous avions raison de nous demander à nous-mêmes de nous taire. L’intérieur et le dehors s’effleuraient encore. La nudité est le seul vestige dans la vie humaine qui demeure encore perméable, lumineuse de nature, couverte de l’eau silencieuse de l’autre monde. »
Pascal Quignard. Vie secrète. Chap XLI
"Je ne voulais pas ici raconter ma vie mais évoquer seulement ce qui l'a décimée et maintenue, brulée et libérée...(...) l'écriture (photographique*) me redresse et me tient : c'est l'unique façon que j'ai de ne pas complétement échouer à tenir cette promesse qu'est la vie, témoignant ainsi de cet absolu qui est celui non pas seulement d'être heureux mais vivant"
L'usure des jours.
Lorette Nobécourt. 2009
"Ecrire (photographiquement), c 'est une façon, une manière de vivre dans le monde, pour essayer de comprendre le monde". En même temps, il y a quelquechose de trés enfantin dans ce plaisir, ce simple plaisir. J.Joubert parle de ceux "à qui le monde ne suffit pas", les poêtes et les amateurs de livre. Je cherche à re-créer le monde, à inventer d'autres possibles. J'aime beaucoup cette phrase profonde et merveilleuse de Tarkovsky : "L'art, c'est l'art parce que la vie n'est pas parfaite".