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Samedi 28 Mai.
Youn Sun Nah
au Festival Jazz sous les pommiers.
Festival à Coutances (du 28/05 au 4/06).
Travailler pour la lumière.
une lumineuse paranthèse, le même visage que quelques années plus tôt, soif d'énergie notre Emma, sur les courts plus que jamais...ce matin à l'entraînement après une fort belle saison concentrée entre maîtrise, force et précision...quel chemin d'air libre...
Une belle soirée d'hier avec de belles personnes.
"Cela aurait pu être un documentaire social de plus, un film sur l'école comme la France les aime tant. Tourné au lycée Diderot, dans les quartiers nord de Marseille, Nous, princesses de Clèves scelle la rencontre entre la culture classique et la culture des cités autour du roman qui lui donne son titre.
Et puis, en 2006, le candidat à l'élection présidentielle Nicolas Sarkozy a dit qu'il était absurde d'inscrire le texte de La Princesse de Clèves (1678), de Mme de La Fayette, au programme d'un concours administratif. Militant de fait contre ces propos, le film est le résultat d'une expérience imaginée par un groupe d'adultes pétris d'idéaux humanistes qui ont proposé à leurs élèves de l'étudier, de le jouer, de s'en emparer. A partir de ce point de départ, qui aurait pu donner lieu à une version documentaire de L'Esquive (2002), d'Abdelatif Kéchiche, le film gagne vite en épaisseur et en autonomie.
Dès les premières minutes, qui montrent des adolescents face à la caméra récitant des passages du texte, on comprend que le réalisateur ne va pas se contenter d'interroger le rapport de ces jeunes issus de milieux défavorisés au "premier grand roman moderne de la littérature française". La manière extrêmement tendre, caressante que Régis Sauder a d'éclairer et de cadrer les lycéens, les fait exister d'emblée avec une intensité saisissante. En quelques plans, il suscite chez le spectateur une profonde empathie, que ce soit pour cette jeune fille, partagée entre son fiancé et un autre garçon qu'elle "fréquente", qui s'identifie pleinement à la princesse, pour cette autre qui évoque, avec un abattage phénoménal, son passé de "Blackgothique", ou pour ce garçon qui se reconnaît dans les qualités de gentilhomme du prince de Clèves...
Le film commence de manière assez légère en saisissant comment les adolescents trouvent des échos entre le texte et leur propre vie. "J'ai changé mon statut Facebook. Je suis passé de "en couple" à "c'est compliqué", à "célibataire", dit l'un d'eux en riant, en écho au désordre amoureux dépeint dans le roman. A force de suivre les allées et venues des étudiants entre le lycée, l'appartement familial et les lieux où ils se retrouvent, le ton se fait plus grave et le texte devient un viatique, une boussole dans le chaos de ces jeunes existences. La mise à distance qu'il permet libère paradoxalement une parole très intime, tant chez les lycéens que chez leurs parents. Elle permet au film de dépasser les clichés sur les problèmes des cités, pour appréhender de manière inédite, souvent bouleversante, les effets sur les individus de la stigmatisation et de l'isolement propres à ces quartiers. La parole qui circule a beau être portée par la fougue de la jeunesse, il y a, chez tous les personnages, un moment où l'élan se casse, où la douleur éclate.
Le pari que réussit le film est double. D'abord faire exister ce groupe de jeunes gens jugés indignes d'apprécier la littérature classique alors qu'ils se prennent de passion pour un de ses textes majeurs. Ensuite, composer avec les histoires de chacun le portrait d'une France remplie de zones d'exclusion et dont la culture serait le signe le moins remarqué et le plus signifiant.
L'épisode consacré au voyage scolaire à Paris, au Louvre et à la Bibliothèque nationale de France, est édifiant de ce point de vue, comme l'est la réflexion lucide qu'il provoque chez les élèves sur leur rapport à la culture, la manière dont ils en ont toujours été tenus à l'écart aussi bien par l'institution scolaire que par des parents trop intimidés pour s'aventurer dans un théâtre ou un musée.
Alors que les lycéens qu'ils filment s'appropriaient La Princesse de Clèves comme une nouvelle grille de lecture du monde, le réalisateur a eu la belle intuition de faire du texte même la matrice de sa mise en scène. Non seulement les extraits que récitent, que lisent, que jouent ses personnages, lui donnent sa tonalité mélancolique, sa musicalité subtile, mais ils lui insufflent une belle dynamique par tout un système de jeux de miroirs : la cour d'Henri II, où se nouent les intrigues, renvoie à la cour du lycée ; la structure en spirale du texte qui enserre la princesse de Clèves fait écho à celle du film où les aspirations des jeunes gens se cognent contre les murs de la pauvreté, de la religion, ou d'une fumeuse tradition familiale...
Ce n'est pas parce que Régis Sauder les met sur le même plan que la princesse, qu'ils sont si beaux, que leurs rêves semblent si purs, c'est parce qu'il les met en scène comme des héros de tragédie classique."
Isabelle Regnier
« Il y a une forme de malhonnêteté intellectuelle à ne pas consacrer de manière franche un budget sérieux et des moyens humains sérieux au système éducatif dans son ensemble, à l’école certes mais à tout ce qui nourrit, enrichit, questionne le lien qu’un enfant entretient avec le monde qui l’entoure.
Nous n’avons rien à gagner à fragiliser les lieux d’apprentissage, rien à gagner du tout, pas même les quelques millions d’euros, dont l’Etat croirait pouvoir faire l’économie.
C’est une chimère qui ne regarde pas beaucoup plus loin que le bout de son nez alors que la politique au sens premier du terme regagnerait ses lettres de noblesse à mettre véritablement l’avenir de la cité au cœur de sa réflexion, donc l’école.
Voilà qui est dit. »
Marie Richeux. mercredi 25 Mai. 6h12.
Pas la peine de crier
Mein Kampf.
"Que faire d’un tel livre ? L’interdire ? Il courrait toujours sous le manteau. L’oublier ? Ce serait une offense à la mémoire des millions de morts qu’il causa. Le brûler ? Ce serait adopter les méthodes que les nazis employèrent lors des autodafés de la Nuit de Cristal. Linda Ellia a eu la lumineuse intuition de faire de ce livre un vecteur de mémoire.
Bouleversée, elle a entrepris d’en déchirer les pages et de les distribuer au hasard à des passants en leur demandant d’utiliser ces feuillets comme support de leurs réactions en laissant libre cours à leur inspiration. Issue d’un sentiment personnel, l’œuvre ainsi créée a pris une dimension collective, presque politique.
Mein Kampf est le livre de toutes les errances, il ouvrit pour des millions de personnes un abîme de mort et de douleur. Ce livre, dont le destin funeste a marqué le siècle, l’Histoire, et la vie d’innombrables personnes dont la mienne, recèle ce que l’Humanité a de plus vil : la haine de l’autre, le racisme et l’antisémitisme poussés dans leurs délires les plus épouvantables. »
Préface du livre de Linda Ellia, Notre combat, éditions du Seuil, 2007
En préparant un tournage à venir sur la Paix au Mémorial de Caen..
je découvre ce travail nécessaire de mémoire où un usage symbolique fort est fait de ce détestable ouvrage...celà devient Notre Combat.
Crédits photos : © Linda Ellia / éditions du Seuil
Pour découvrir l'expo en cours. Mémorial de Caen.
« C'est le passé, épais, c'est le sombre ; l'immémorial ; c'est comme un monument de pierre qui, au lieu de s'élever, pour imposer, se réduirait à une immense et profonde assise qu'il faudrait se pencher pour honorer ... au-dessus de quoi l'espace s'est fait d'autant plus vaste, d'autant plus ouvert, lumineux... »
(...)
« Et pourtant, continuant à essayer d'approcher ce tout petit, ce bref événement, je me suis dit qu'il s'agissait d'une sorte de heurt intime contre de l'incompréhensible absolu, et ce heurt si l'on peut ainsi dire redoublé : parce qu'il semblait parfaitement incompréhensible que ce fut incompréhensible à ce point : tout bonnement d'être là, dans ce lieu et à ce moment là, vivant, à coup sûr, ne rêvant pas, au milieu de choses toutes aussi indubitables les unes que les autres... »
(...)
« Ce qui fait d'un livre une oeuvre d'art, c'est précisément tout ce qui empêche de le résumer en une formule, toute cette richesse, cette beauté secrète qui, bien souvent, contredit d'une certaine manière, serait-ce à l'insu de l'auteur lui-même, le mouvement visible de sa pensée... »
Les mots de Philippe Jaccottet comme ils me viennent pour dire cette rencontre littéraire
avec Nicole Krauss.
Pour en savoir davantage sur La grande maison.
C'est ici : http://nicolekrauss.com/
et pour l'entendre, c'est le Grand entretien
"L'histoire invisible commence là. Invisible à ciel ouvert"
"C'est une musique qui va avec la nuit sur les villes et dans l'âme, une musique qui fait la nuit douce et profonde, une nuit mauve avec seulement deux lumières vives, (...) deux images qui se rassemblent et se fondent, une seule lueur dans toute l'étendue noire, l'incendie de la vie impossible et ce remède pour l'éteindre, cet unique geste : ce balancement d'un pied sur l'autre, cette douceur monotone accordée à soi-même par soi même, cet enveloppement de soi même dans soi-même, cette berceuse du coeur infirme au coeur infirme."
"Nous ne cherchons tous qu'une seule chose dans cette vie : être comblés par elle - recevoir le baiser d'une lumière sur notre coeur gris, connaître la douceur d'un amour sans déclin.
Etre vivant c'est être vu, entrer dans la lumière d'un regard aimant"
Christian Bobin. L'inespérée.
(...)
"Ce voyage n'a duré que deux jours et il me semble que je pourrais t'en parler pendant des années.
Très peu me donne beaucoup à voir.
Trés-peu est pour moi le nom de l'abondance.
J'ai au coeur une bête sauvage qui ne sort que la nuit et pour quelques secondes. Elle s'empare des restes abandonnées par le jour - feuille, visage, parole- et elle regagne précipitamment son trou, ayant trouver de quoi manger pour deux siècles.
Ce n'est jamais la même chose dont elle se nourrit - ici un voyage, là une lecture, ailleurs un silence - mais c'est toujours la même joie qui est cherchée et parfois atteinte, une joie enfantine et légère comme une tâche de soleil".
"Il nous faudrait éclairer chaque présence d'un amour à chaque fois unique, adressé en elle à sa solitude inconsolable et pure. Il nous faudrait apprendre à compter un par un chaque visage, chaque vague et chaque ciel, en donnant à chacun la lumière qui lui revient dans cette vie obscure"
(C. Bobin. L'inespérée)
...à suivre
(...)
Je n'écris que très rarement deux notes sur une seule journée sur immemory.
Aujourd'hui, si.
et puis je m'en tiens là,
c'est mieux.
" Vous aviez déjà écrit un texte sur elle. Vous le lui aviez montré et puis vous l'aviez jeté. Manqué. Le portrait était manqué, il n'y avait rien à en sauver. Vous vouliez trop ce texte et la volonté ne va pas avec l'écriture, pas plus qu'avec l'amour. On ne dit pas : "je voudrais vous aimer". On dit : "je vous aime" et; le disant, on découvre un amour plus profond que tout vouloir.
A l'école, on vous a appris des choses. Dans la famille aussi. Mais les choses importantes, vous avez dû les apprendre seul, en bégayant, en tâtonnant, par exemple celle ci : la misère d'une volonté qui ne s'appuierait que sur elle même, la folie d'une vie bâtie comme une forteresse.
Ces gens à certitude, à volonté, ces gens de principe étranglés au lacet de leur vie, vous les avez toujours fuis. Le temps d'écrire ce texte, vous étiez devenu semblable à eux, vous étiez devenu un écrivain professionnel, quelqu'un qui sait faire les choses et qui, ne croyant plus qu'à ce savoir, ne laisse plis entrer dans son coeur l'inconnu de toutes choses - ce qui en elles est réfractaires à l'emprise de notre volonté.
Si vous vouliez ce portrait d'elle, c'était pour attraper un peu de sa lumière, et parce que vous ne voyez aucune autre raison d'écrire : toute présence a sa grâce singulière, attendant d'être dite. Maintenant que l'impatience vous a quitté, vous pouvez reprendre le tableau défait".
Christian Bobin.
L'inespérée.
Je pars en tournage pour le week-end à Paris.
Un sourire. Le vrai lointain fait venir la douceur.
"I'd just like to live in a tree hut
I'd just like to live in a tree hut
I'd just like to live in a tree hut
listen to the sounds of the birds"
(...)
#24.2 - I'M FROM BARCELONA - Tree House
"J'étais là sous le ciel sombre d'un été moribond et il me semblait rejoindre d'anciennes peurs, d'anciens désarrois, le choc d'anciennes batailles et le chantonnement très doux d'anciens bonheurs possibles dont ce même ciel était le seul témoin aveugle. Je me suis baissé pour ramasser une pierre contre laquelle j'avais buté et j'ai gardé cette pierre entre mes mains comme un petit crâne.
Il m'a semblé que quelque chose se passait.
Le contraire d'un événement. Quelque chose qui s'offrait à moi avec évidence. Un signe sans date. Un clin d'œil du monde. Un trait invisible qui traverse le Temps qui, du coup, n'est plus « le Temps », mais l'espace ouvert où des êtres humains respirent et se taisent. Les vivants et les morts. Les gens. Les pauvres gens. Tout le monde. Et ce trait me traversait moi aussi, sans douleur. Il me dispensait de penser, de m'inquiéter. Tout ne tenait qu'à un fil. La perte à ma place, désormais.
Alors, ma pierre terreuse au bout des doigts, j'ai levé la tête.
Exactement au-dessus de moi, un astre brillait avec une intensité surprenante. Diamant sans écrin. Pépite sans coffret. Première et dernière étoile dans le désastre obscur. L'étoile du réconfort." (...)
(...)
"Car notre enfance n’est jamais de l’histoire ancienne. L’enfant que nous avons été, même si nous ne tenons pas à le revoir, même si nous ne l’avons pas convoqué, est soudain là. Il hante notre présent qui se trouble et s’obscurcit. Il a l’éclat légèrement tremblant des revenants."
(...)
« Ce n’est pas de consolation que nous avons besoin, la consolation confirme notre faiblesse, mais de réconfort qui nous remet en contact avec nos propres forces. »
La diagonale du vide
Pierre Péju
(...)
(...)
Chaque année, en Israël et partout dans le monde, un hommage est rendu le 1er et 2 Mai lors du Yom HaShoah aux 6 millions de Juifs morts durant la Seconde Guerre mondiale, victimes des nazis et de leurs collaborateurs. En France, 76 000 Juifs - dont 11 400 enfants - ont été déportés vers les camps de la mort. Seuls 2 600 d'entre eux survécurent.
et surtout ici : http://www.memorializieu.eu/spip.php
Même si :
« Le secret de la survie, c’est l’oubli. Si l’évolution favorisait la conscience, tout ce qui possède une épine dorsale en ce monde se serait pendu depuis des lustres au ventilateur du plafond et les invertébrés auraient repris la boutique » ( Richard Powers )
Au bout du compte, la photographie nous lance un défi : voilà la surface à vous maintenant d’appliquer votre réflexion, ou plutôt votre sensibilité, votre intuition à trouver ce qu’il y a au delà, ce que doit être la réalité, si c’est à cela que cela ressemble.
Implicite dans la photographie est l’idée que connâitre le monde, c’est l’accepter tel que la photographie le fixe. Mais c’est là l’opposé de la compréhension, qui commence précisément par le refus du monde tel qu’il apparaît.
Toute possibilité de comprendre s’enracine dans la capacité de dire NON.
Rigoureusement parlant, ON NE COMPREND JAMAIS RIEN à PARTIR DE LA PHOTOGRAPHIE. Bien entendu, les photos remplissent les vides de nos images mentales du présent et du passé. Il s’agit donc bien de cela : REMPLIR LES VIDES DE NOS IMAGES MENTALES.
...
...
En écho rapide avec mon projet personnel d'écriture sur
la photographie comme mémoire de la shoah.
"Mais la Mémoire, on le sait, ne perdure que si les hommes
se mobilisent pour qu'il en soit ainsi".
Serge Klarsfeld.
A suivre.