Ces derniers jours, je redécouvre tout un pan singulier du cinéma documentaire.
Après avoir revu (encore !) -Le Filmeur- et -Ce répondeur ne prend pas de message-, c'est un autre de ses films (intercalé dans le temps) qui me plaît tant :
La Rencontre
" La Rencontre est une déclaration d'amour à une femme, mais aussi à la vie. La vie passe, des objets se cassent, une montre s'arrête, des oiseaux meurent, un chat s'éteint. Tout est voué à disparaître un jour. Mais ce n'est pas triste. C'est la vie. Et le miracle du cinéma, c'est de saisir les instants qui ne reviendront plus. De les saisir pour toujours.
(...) A la fois célébration et exorcisme, La Rencontre est aussi une réflexion de cinéaste. Peut-on saisir l'amour, filmer son évidence et sa force ? Voix off : « Mon père aurait dit : Couillon de la lune enfariné ! L'amour, impossible à filmer ? Mais c'est une couillonnade ! (...) Tu fais ton petit journal avec elle et puis tu filmes ce qui te touche et ce que tu aimes filmer. Et ce que tu filmes, c'est un peu comme l'amour de l'amour. Et qu'est-ce que tu en feras, bonhomme ? Et je lui réponds : je n'en sais rien, papa. »
(...) Dans La Rencontre, expérience étrange et envoûtante, chaque plan, dans sa rigueur dépouillée, stimule l'imaginaire du spectateur. Un bocal rempli de billes multicolores, ça peut n'être qu'une jolie image, joliment éclairée. Mais ça peut être aussi l'histoire de la petite fille qui a jeté ces billes dans un jardin, et l'histoire de la personne qui les a ramassées, jour après jour, et réunies dans ce bocal. Tout l'art de Cavalier est là : faire surgir les émotions derrière les choses."
"Alain Cavalier murmure en filmant. Il chuchote ses perceptions, ausculte les visages et les corps de ceux qui l’entourent (...) Il saisit à chaque image les minuscules composantes de nos vies. Objets, paroles, souvenirs flottent et dansent devant son objectif. Les détails fondateurs d’une vie, parfois d’une rencontre, comme celle avec Françoise, sa compagne. Des moments si intimes qu’on est gêné de les regarder. Puis on sourit. Et on savoure ces magnifiques preuves de confiance que nous accorde le cinéaste (...)
... paradoxes, les délices et autres petits riens de la vie. À l’instar de cette aspirine effervescente, filmée de si près qu’on finit par y voir le temps qui passe, qui s’échappe et qui nous échappe. Le cinéma de Cavalier réaffirme sans cesse son attachement aux êtres vivants. Tous ces animaux, ces chats, ces oiseaux qui se posent dans la courette. D’autres qui viennent y mourir. La tristesse et le deuil font partie de ce cinéma-là.
Jamais un cinéaste ne s’est adressé aussi intimement à ses spectateurs. Jamais cinéaste n’a divulgué avec autant de grâce ses faiblesses. Il fait corps et âme avec sa caméra. Extension de lui-même, elle finit par s’effacer. Et pourtant, c’est uniquement par elle, grâce à elle, que le cinéaste nous touche. Il possède le don de nous donner à voir ce qui est hors champ. Tout devient horizon rêvé. Moments exquis."
Et aussi celui-ci, tout aussi bouleversant (et je pèse mes mots) :
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