René Char. Extrait de "Rougeur des matinaux"
Hier, pendant une partie de la nuit,
ALAIN CAVALIER, présent à Saumur pour un échange sans véritable fin qui me dit au travers la vitalité généreuse d'un homme de 80 ans la construction permanente du réel. Et puis.
Alors...
Comment retenir ces instants là ? (c'est à dire vivre, s'obstiner à achever un souvenir)
Cette fois, ce n'est pas un texte mais dix qui venaient se glisser dans mon oreille au petit matin et dire tant et simplement en résonance. Puis en passant le pont pour aller à Gennes, cette lumière en contrebas, juste après le pont.Il était tout juste passé 8H00, la nuit pas encore trop loin.
(...)
Alors ça pourrait suffire. De saisir ça pour dire le tout de la nuit qui précède. Et pourtant.
Pas.
C'est Alain Cavalier lui même qui me livre dans un carnet, l'essentiel de ce que je peux retenir, convoquant rien que moins, Arthur Rimbaud :
oui, voilà puisque c'était à dire.
(...)
Avant de partir travailler ce matin, j'ai eu besoin de feuilleter ' Le Métier de vivre ' de Cesare Pavese.
Profitant du silence, du goût encore présent du thé citron qui aurait pu être amer, me viennent alors quelques lignes saisis à la volée qui tout alors résume (?) :
"On s'humilie pour demander une grâce, et on découvre la profonde douceur d'un autre royaume. On oublie presque ce que l'on avait demandé : on voudrait seulement connaître toujours ce jaillissement de ce petit royaume d'éternité intime. C'est là sans nul doute ma voie pour parvenir à une autre forme de foi, une manière toute particulière d'être au moins fidèle à soi même. Un renoncement à tout, un naufrage dans une mer d'amour, un refus d'une simple lueur. Peut-être que tout est-il là : dans ce frisson du "si c'était vrai". Si vraiment c'était vrai".
(...)
"Pourquoi est-il déconseillé de perdre la tête ? Parce qu'alors on est sincère."
(...)
Je repose le livre en me disant plus que jamais avec Paoustovski "tout peut frapper les coeurs avec une vigueur prodigieuse avec son lot majestueux de peines associés"
et ces mots de Patrick Lapeyre (encore)
(...)
"Tu ne trouves pas que c'est magnifique ?
Si, dit-il d'une voix faible.
Il voudrait lui dire autre chose à propos de la chasteté, mais ce n'est plus le moment et il se sent trop découragé.
Il lui prend alors la main et ils demeurent silencieux, genoux contre genoux, nez contre nez comme des Esquimaux tristes"
(...)
Allez va, maintenant, console toi.
J'ai reçu beaucoup de très gentils commentaires ces temps ci, ici sur immemory. Je suis parvenu parfois à y répondre directement par mail. Je précise encore sans vouloir faire ombrage, que je modère et ne les met pas en ligne pour un grand nombre de raisons et m'en excuse quand même.
laurent.
Rédigé par : laurent | 19 octobre 2011 à 22:41