"Pour écrire VRAIMENT, il faut être dans une solitude absolue. Pour être dans une solitude absolue il faut aimer d'un amour absolu. La plupart des écrivains mentent là-dessus. Ils font comme s'il n'y avait personne dans la pièce d'à côté, dans le fond sans fond de leur coeur. (...) Car il faut savoir que tout va contre celui qui écrit, contre celui qui a l'ambition d'atteindre cette vie au delà de l'écriture, cette vie au delà de la vie. Oui, tout s'oppose à qui veut absolument écrire, écrire dans cet au delà de la littérature. Tout s'oppose à qui veut absolument aimer, aimer dans cet au delà de l'amour. (...) Il y a un communisme réel de l'écriture. C'est le même communisme que mettent les amants quand ils s'aiment et les enfants quand ils jouent. Jouer, écrire, aimer, c'est entrer dans une société qui échappe à toute emprise du monde, c'est faire l'expérience d'une fraternité réelle, non décrétée, atteinte aprés avoir épuisé la singularité des voix et des chairs. Et c'est vrai que tout va contre notre coeur. Tout conspire contre cette fraternité de vivant à vivant. Et ne demandez pas à ce que vous aimez de rester le même. Ne demandez jamais rien de tel à ceux que vous aimez. Vous aimez, et tout amour veut la fidélité. Mais la fidélité n'est pas l'allégeance à une personne ni la soumission à une identité. L'amoureux - et un artiste ce n'est rien d'autre qu'un amoureux - ne peut être fidèle qu'à la vérité de son amour, qu'à cette vérité nécessairement errante, contraire à toute appartenance".
Extrait de et d'après :
Un désordre de pétales rouges. Christian Bobin.
Coll. ENTRE 4 YEUX. Oct 1997.
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