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De nos jours, il est bon ton de se plaindre sitôt qu’on n’est pas écrasé par le soleil à peine la page de l’hiver tournée. Oubliées les pluies fines qui font s’ouvrir les « gais parapluies de Cherbourg », ou la bruine de Nantes qui pousse aux souvenirs, l’averse est devenue l’indésirable. Aurions-nous perdu le sens de la nuance ? Et, avec lui, celui de nous émerveiller de ce qu’une seule saison puisse offrir plusieurs facettes de toutes, entre le 21 mars er le 2& juin ? Comme ces « cafés gourmands » qu’on sert dans les restaurants et qui permettent de déguster un assortiment de minuscules pâtisseries au lieu d’une grosse part de diplomate chantilly bien « étouffe chrétien »…
Sommes-nous devenus aveugles au point de ne plus nous régaler du reflet d’un rayon de soleil dans une goutte d’eau ? Sommes-nous devenus incapables d’imaginer que le soleil peut avoir rendez vous avec la lune ? Et avons-nous oublié que de ses amours avec la pluie naissent de superbes arcs en ciel ? Or, cette année particulièrement, le printemps a renoué avec sa singularité en nous offrant ses ondées mais aussi ses caprices, ses alternances de clairs-obscurs et ses revirements d’éternel adolescent. Le printemps, tempéré et fantasque, le délicat, le craintif, l’humide, était de retour, tel que l’a si bien incarné Botticelli dans une créature souple et fleurie aux yeux rêveurs. Il suffit pourtant d’écouter la nature pour avoir une idée de la joie que suscite un vrai printemps. La faune et la flore sont dans l’allégresse et le babillage : les fleurs s’ouvrent jusqu’au cœur et les oiseaux s’égosillaient largement au-delà des frontières de l’aube et du crépuscule. (…) Y a t’il une saison plus diplomate, une saison pour tous les goûts, une saison plus charitable . Soyez comme des oiseaux au meilleur temps du printemps, ici tout est débutant et rien n’est adulte, tout frémit, tout reste possible, le meilleur comme le pire…le pire comme le meilleur, vivre sans se plaindre l’aventure du printemps.
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